Niger : les douanes en guerre contre la vente illicite et la contrebande de carburant

L’administration des douanes du Niger a engagé une opération visant à mettre fin à la prolifération des points de vente illicite de carburant. Dans un premier temps, l’opération à laquelle ont été associées les autres forces de défense et de sécurité est circonscrite au niveau de la capitale et vise à mettre fin à la fraude de carburant qui comporte d’énormes risques pour les citoyens et, au passage, renflouer les caisses de l’Etat dans un contexte de vaches maigres.

Nom de code de l’opération : «Zéro point de vente de carburant dans la ville de Niamey». Objectif : «Lutter contre la fraude et la vente illicites de carburant de fraude dans la capitale et ses alentours» à travers le démantèlement des réseaux de distribution, ainsi que tous les points de vente. C’est en résumé la nouvelle guerre que viennent d’enclencher les douanes nigériennes, une opération qui a débuté depuis quelques jours avec déjà des résultats satisfaisants, à en juger par la quantité de carburant saisie et les points de ventes détruits. «Depuis pratiquement deux ans, des points de vente illicites de carburant de fraude sont constatés dans la ville de Niamey. Cette situation est intolérable», explique le lieutenant-colonel et inspecteur principal des douanes Moumouni Bana Moussa pour qui il n’est pas acceptable que «des individus mal intentionnés et assoiffés par la recherche de gain illicite se permettent de mettre en danger et d’exposer la vie des paisibles populations».

«Face à la recrudescence de la fraude de carburant, le manque à gagner énorme qu’elle génère au détriment du Trésor national, le danger public que constitue celle-ci sur le plan sécuritaire, l’administration des douanes est fermement engagée dans la lutte contre ce fléau», ajoute le lieutenant-colonel Moumouni Bana Moussa de la Brigade d’intervention et de recherche des douanes de Niamey.

Prison pour les acteurs du marché noir

Au passage, l’opération chapeautée par la direction générale des douanes et à laquelle sont associées les autres forces de défense et de sécurité permettra également de faire d’une pierre deux coups puisqu’elle vise aussi à renflouer les caisses de l’Etat au regard du manque à gagner que cela engendre aux caisses de l’Etat. C’est d’ailleurs sur instruction du ministre de l’Economie et des finances, Hassoumi Massaoudou que l’initiative est lancée dans le cadre de la mobilisation des ressources internes qui est devenue une impérieuse nécessité, au regard de la conjoncture que traverse le pays, laquelle se traduit principalement par une baisse des ressources domestiques.

D’après les détails donnés par le responsable de la Brigade de recherche et d’intervention de la douane pour la région de Niamey à La Tribune Afrique, plusieurs actions sont actuellement menées afin d’atteindre ces objectifs. En plus de l’objectif de faire disparaître tous les points de vente illicite de carburant de fraude, l’opération consistera à «appréhender et mettre à la disposition des services compétents tous les auteurs, complices, intéressés et d’une manière générale tous les acteurs et responsables de cette vente et fraude illégale de carburant».

Bana Moussa rappelle que, selon le Code des douanes en vigueur dans le pays, certaines catégories de personnes s’exposent à des sanctions en facilitant la tâche aux fraudeurs. Il s’agit, entres autres, des entrepreneurs, des salariés d’entreprise, des assureurs, des assurés, des investisseurs ou propriétaires des marchandises, ainsi que leurs complices.

«Nous rappelons à toutes ces personnes qu’elles encourent désormais des peines d’emprisonnement et des amendes et que par conséquent elles s’exposent  à la confiscation du carburant de fraude et des moyens ayant servi à le transporter», poursuit notre source.

«La fraude et la vente illicite de carburant sont strictement interdites à quelque titre que ce soit. De ce fait, tous les acteurs, complices, intéressés  et d’une manière générale tous contrevenants et responsables de ces actes de fraude se verront désormais exposés à la rigueur de la loi sans complaisance aucune», insiste Bana Moussa, également dirigeant du Syndicat national des agents de douanes du Niger (SNAD).

Délicate mission

Ce n’est pas la première fois que les autorités nigériennes, notamment les douanes, lancent une telle opération, même si cette fois, au niveau du ministère et des services impliqués, on veut se montrer ferme. Afin de garantir la réussite de l’opération, d’autres acteurs ont été impliqués comme l’unique société de raffinage du pays installé à Zinder (SORAZ), ainsi que celle en charge des dépôts pétroliers (SONIDEP).

Le fait de circonscrire l’opération au niveau de la capitale Niamey témoigne de la délicatesse de la mission dans un pays où l’informel règne en maître et n’épargne. Par le passé, la vente illicite de carburant était presque tolérée, car le pays ne disposait pas d’assez de stations-service, ce qui a permis la prolifération des dépôts dans toute la capitale, mais aussi dans le pays, surtout dans la partie frontalière du Nigéria voisin, grand producteur de l’or noir.

Cependant, depuis 2012, le Niger est entré dans le cercle des pays producteurs de pétrole, même si sa capacité de l’or noir (20 000 barils par jour) paraît modeste. Les stations-service ont depuis proliféré à Niamey et dans les autres villes, ainsi que les points de vente illicite, où le carburant est écoulé moins cher que sur le marché formel. Des fraudeurs profitent également de la porosité du système de contrôle pour réintroduire dans le pays du carburant destiné à la vente dans les pays de la sous-région, lequel se vend aussi moins cher sur des étals le long des routes et en pleins centres urbains.

Le marché de la contrebande a ainsi connu une vraie croissance menaçant le secteur formel et engendrant des pertes aux caisses de l’Etat en plus des risques pour les populations. En janvier 2006 par exemple, plus de 200 personnes ont été blessées dans l’explosion d’un dépôt de carburant de contrebande dans la ville de Maradi, la capitale économique du pays situé à 650 kilomètres à l’est de Niamey.

 

La Tribune

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