Migrants en Libye : l’ONU exfiltre les réfugiés africains vers le Niger

Maltraités, en proie aux passeurs peu scrupuleux et aux risques d’insécurité, leurs droits humains les plus élémentaires bafoués, parfois même réduits en esclaves… Le tableau noir que l’on dépeint de la situation des migrants en Libye inquiète dans leurs pays d’origine au point de pousser l’ONU a mené les premières opérations d’exfiltration. Détail de la première opération de ce type.

Pour l’ONU, ce sont des «réfugiés extrêmement vulnérables». C’est en tout cas la principale justification de ce mouvement d’évacuation de migrants africains vers le Niger pour les tirer de la situation sécuritaire chaotique qui sévit en Libye.

Première exfiltration onusienne pour des réfugiés africains

Le weekend dernier, l’ONU a mené le premier transfert vers le Niger de 25 migrants originaires d’Ethiopie, d’Érythrée et du Soudan. Dans le détail, cette première opération qui s’apparente à une exfiltration «d’une situation très dangereuse «devrait permettre de venir en aide à 15 femmes, six hommes et quatre enfants, souligne-t-on du côté de l’organisation internationale.

Effectivement, la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est minée par la guerre et tremble sous la pression des groupes tribaux, voire terroristes. Au milieu de ce capharnaüm sécuritaire, des migrants africains empruntent les routes de la migration via Sbaha, Misrata ou Tripoli pour tenter de rejoindre l’Europe en traversant la Méditerranée.

Au cours du voyage, ils sont souvent «la marchandise» de passeurs peu scrupuleux devenus des «livreurs d’esclaves».L’ONU a donc décidé de lancer cette première opération du genre. Mais en quoi consiste-t-elle ? «Ils seront tous hébergés dans une maison à Niamey le temps que leurs demandes de réinstallation soient examinées», répond Vincent Cochetel, envoyé spécial du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) pour la situation en Méditerranée centrale, dans un communiqué.

Réinstaller les réfugiés et barrer la route aux migrants

La réinstallation des migrants, réfugiés ou non, c’est peut-être le nœud du problème. Le HCR avait estimé qu’il faudrait au moins prévoir quelque 40 000 places de réinstallation, rien que pour des réfugiés prioritaires situés dans 15 pays. Sur le terrain pourtant, la tendance est à la réduction des flux migratoires vers l’Europe où l’on continue de ramasser les morts par milliers sur les rives de la Méditerranée. Sur les 155 000 migrants ayant pris le départ pour l’Europe en 2017, quelque 3 000 n’y sont jamais arrivés, après avoir péri en mer.

Grand point de départ des migrants, le Niger où sont envoyés ces réfugiés a annoncé avoir réduit de 80% les flux migratoires à partir d’Agadez, plaque tournante du trafic d’êtres humains. Une annonce dans la foulée de la promesse du président français Emmanuel Macron d’installer des hotspots d’enregistrement des réfugiés dans les pays de départ pour juguler les flux migratoires.

Dans ce cadre d’ailleurs, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a commencé ses missions d’identification au Tchad et s’apprête à envoyer ses équipes au Niger et dans d’autres pays en 2019. Coïncidence ou hasard de calendrier ? L’opération onusienne ne cible pour le moment que des réfugiés, comme si les autres migrants n’étaient pas exposés aux mêmes dangers.

Plus loin, l’on est en droit de se demander si cette opération ne s’inscrit pas dans la ligne de l’identification des réfugiés pour tenter de donner un vrai-faux cachet humanitaire à l’objectif premier de l’Europe : empêcher les migrants d’arriver sur son sol.

 

La Tribune

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